Les politiques adoptées depuis un demi-siècle sur le modèle des entreprises privées conduisent à affaiblir le service public et à faire peser une pression sur ses agents, déplorent…

En 1981, l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon avait identifié une triple crise, financière, d’efficacité et de légitimité, de l’Etat-providence (La Crise de l’Etat-providence, Seuil). Désormais, l’Etat, de moins en moins providence, et les services publics sont régulièrement décriés pour leurs coûts (en oubliant les recettes abandonnées par de multiples exonérations de cotisations patronales), contestés dans leur raison d’être, soumis à une concurrence accrue du privé, notamment dans l’éducation et la santé, et critiqués par des usagers maltraités. Ces dernières semaines, la justice, l’hôpital, l’école et la sécurité civile ont été au cœur de l’actualité. En juin, la mort de la jeune Lyhanna a questionné l’action de la justice (et de la gendarmerie). Alors que les médias réagissaient à l’émotion légitimement suscitée, les gouvernants niaient leurs responsabilités, le garde des sceaux, Gérald Darmanin, évoquant de graves dysfonctionnements et la responsabilité individuelle des magistrats. Après l’avoir nié, Emmanuel Macron a reconnu qu’il « manqu[ait] peut-être des moyens, là ou là ». La plupart des responsables politiques ont admis les manques de moyens et de probables dysfonctionnements. Quelques démagogues ont prôné l’aggravation des peines, sans lien avec la lenteur de l’enquête, des auditions ou des mises en examen. Quelques voix ont relevé que les délais dépendaient moins des capacités des individus que du nombre de magistrats et de greffiers. Puis la canicule et ses effets sont venus faire la une des médias, les services publics étant à nouveau mis sur la sellette. L’insuffisance et l’inefficacité de la lutte contre le changement climatique ont été soulignées, sans forcément rappeler que le Fonds vert, créé en 2023 pour aider les collectivités locales à investir dans la transition écologique, est passé de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions pour 2026. L’impréparation de l’école face à des canicules pourtant prévisibles a sauté aux yeux. Les locaux des écoles, collèges et lycées restent gravement inadaptés aux chaleurs extrêmes désormais courantes. En réponse, des établissements ont été fermés, laissant élèves et parents sans solution pendant que les épreuves du brevet des collèges et du baccalauréat avaient lieu dans des salles surchauffées, au risque d’incidents de santé et de difficultés de concentration.