« Reinhold Messner, l’ivresse des sommets » (5/6). En 1986, il raccroche sur le plan de l’alpinisme extrême, mais participe toujours à des expéditions lointaines. Le « storyteller…

Récit« Reinhold Messner, l’ivresse des sommets » (5/6). En 1986, il raccroche sur le plan de l’alpinisme extrême, mais participe toujours à des expéditions lointaines. Le « storyteller » sait par ailleurs faire fructifier ses aventures à travers des centaines de livres et de conférences. La statue tourne le dos au massif des Tre Cime, le cœur de roc des Dolomites, dans le nord-est de l’Italie : Reinhold Messner, aussi grand en bronze que nature, est installé pour un peu d’éternité sur une terrasse du dernier-né des sept musées à son nom, la Reinhold Messner Haus. Le sculpteur slovène Stefan Papco, qui s’est fait une spécialité des silhouettes d’alpinistes recroquevillées au bivouac, s’est inspiré du célèbre autoportrait de l’alpiniste au sommet de la montagne de son destin, le Nanga Parbat, en 1978. Le buste est légèrement penché en avant, comme fléchi sous les rafales, le visage disparaît à moitié dans la capuche. Derrière, des nuages mous collent aux aiguilles de calcaire. Cortina d’Ampezzo, station hôte des Jeux olympiques d’hiver (1956 et 2026), est derrière les crêtes. Une statue, un musée. Reinhold Messner, légende vivante de 81 ans, a été vu cet hiver portant la flamme olympique, un peu engoncé dans la tenue officielle blanche et jaune. Il a posé, torche en main, devant le bivouac qui porte le nom de son frère Günther, disparu en 1970 après avoir atteint avec lui le sommet du Nanga Parbat, dans l’Himalaya. Sa vie est un pèlerinage, un long deuil intranquille. Il nous a donné rendez-vous dans sa « Haus », à la fois maison et musée, à 2 050 mètres d’altitude au-dessus du village de Sesto. La saison de ski vient de s’achever, la station est à l’arrêt, comme le musée, que l’on gagne par télécabine spéciale, un matin de printemps. La Reinhold Messner Haus est une ancienne gare de téléphérique promise à la destruction. L’homme dont le nom est écrit en lettres majuscules noires sur toute la largeur de la façade l’a réhabilitée avec sa femme, Diane. « C’est mon dernier projet », dit-il lors de ses conférences.