Washington, qui vient d’annoncer un accord autorisant Riyad à se doter de ses propres moyens d’enrichissement, refuse toujours ce droit à Séoul. La Corée du Sud dit en avoir besoin…

La nouvelle ambassadrice des Etats-Unis en Corée du Sud, Michelle Steel, prend ses fonctions dans un climat de défiance entre les deux alliés, particulièrement au sujet du nucléaire. Arrivée à Séoul jeudi 30 juillet pour prendre un poste vacant depuis janvier 2025, la Coréano-Américaine, proche du président Donald Trump, a promis de « veiller à ce que l’alliance indéfectible [entre les deux pays] reste un pilier de la paix et de la sécurité dans la région ». Elle va devoir gérer plusieurs dossiers sensibles, à commencer par la volonté de Séoul d’obtenir le droit d’enrichir de l’uranium, indispensable à son approvisionnement énergétique comme à son projet de sous-marins à propulsion nucléaire. Or Washington tergiverse. D’où un certain agacement des Sud-Coréens, qui voient un deux poids, deux mesures dans l’annonce, le 22 juillet, d’une coopération nucléaire entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. L’entente ouvre la voie, sous condition, à l’enrichissement d’uranium par Riyad. « Pourquoi l’Arabie saoudite peut-elle enrichir de l’uranium alors que la Corée du Sud ne le peut pas ? », a maugréé, le 25 juillet, le quotidien conservateur Dong-a Ilbo. « La Corée du Sud est un Etat modèle au regard du traité de non-prolifération (TNP) », a souligné le Chosun dans son éditorial du même jour. L’industrie nucléaire sud-coréenne, qui compte 26 réacteurs et plusieurs projets à l’exportation, travaille dans un cadre particulièrement contraint. La Corée du Sud a bénéficié dès les années 1950 d’équipements nucléaires à usage civil dans le cadre du programme américain Atoms for Peace. A la fin des années 1960, la crainte d’un retrait des forces américaines de Corée par le président Richard Nixon (1969-1974) et la menace nord-coréenne ont convaincu le dirigeant autoritaire Park Chung-hee (1962-1979) de lancer un programme secret d’armement nucléaire. Quand les Américains l’ont découvert, ils ont exigé son arrêt et ont contraint Séoul de signer en 1972 un « accord 123 » – du nom de la section 123 de la loi américaine sur l’énergie atomique –, lui interdisant toute activité d’enrichissement sans leur accord. Une révision de ce cadre en 2015 a maintenu cette clause. La Corée du Sud a par ailleurs dû adhérer au TNP en 1975. En 2004, elle a ratifié le protocole additionnel autorisant l’Agence internationale de l’énergie atomique à inspecter ses installations nucléaires sans préavis.