Les mobilisations d’étudiants et la démission du ministre de l’éducation indien, le 25 juillet, révèlent une crise sociale profonde, dont l’issue politique est incertaine, souligne…

Juillet 2026 entrera peut-être dans l’histoire comme le moment où l’étoile du premier ministre indien, Narendra Modi, aura commencé à pâlir pour de bon. Le mouvement de protestation qui a mobilisé des centaines de milliers de jeunes a révélé l’ampleur de son impopularité auprès de la « gen Z » (génération née entre le fin des années 1990 et le début des années 2010). Cette mobilisation répond à une énième fuite des sujets d’examen, qui a conduit au report d’une épreuve de médecine à laquelle 2 millions de candidats étaient inscrits. La jeunesse fait déjà face à un chômage de masse, qui touche près de 40 % des diplômés de moins de 25 ans, d’après une enquête de l’université Azim-Premji de Bangalore. Ce taux augmente avec le niveau d’études, dès lors que les diplômés s’efforcent de trouver des emplois assez bien rémunérés pour rembourser leurs prêts étudiants, rendus nécessaires par la privatisation croissante du système éducatif. Or, le 15 mai, le chef de la Cour suprême, Surya Kant, a eu le mauvais goût de qualifier de « cafards » cette jeunesse désœuvrée en qui il ne voyait guère que des parasites. Aussitôt, un étudiant indien de Boston, Abhijeet Dipke, a créé le Parti du peuple cafard (CJP) qui a reçu l’adhésion de millions de jeunes grâce aux réseaux sociaux. Dans la foulée, les manifestations étudiantes se sont multipliées à Delhi, Bombay, Calcutta, Madras, Bénarès, Patna, sur le mode carnavalesque. Loin de verser dans la violence – qui fut parfois la marque des mouvements étudiants du passé en Inde –, les jeunes manifestants et manifestantes (il faut ici insister sur le rôle majeur joué par les femmes) ont opté pour le rire, la danse et le chant. Au-delà, ils ont entonné des slogans des plus irrespectueux pour le pouvoir, auquel la jeunesse demandait des comptes comme peu d’opposants avaient osé le faire. Le gouvernement a répondu par une répression féroce – allant des canons à eau et des matraques cloutées à des salves de tirs d’arme automatique, en passant par des tirs de chevrotine déjà en usage au Cachemire. Des milliers de manifestants se sont ainsi retrouvés en garde à vue ou à l’hôpital. Cela n’a fait que grossir leurs rangs. Narendra Modi a alors posté un message pour promettre de mettre fin aux fuites de sujets d’examen.