« Venu(e)s d’ailleurs » (3/7). Après avoir accueilli dans les années 1970 et 1980 des bûcherons turcs recrutés pour structurer la filière bois du Limousin, la petite ville creusois…

Enquête« Venu(e)s d’ailleurs » (3/7). Après avoir accueilli dans les années 1970 et 1980 des bûcherons turcs recrutés pour structurer la filière bois du Limousin, la petite ville creusoise perd de la population et a du mal à retenir leurs enfants. Dans la Creuse, sur la route qui vient de Limoges, après avoir traversé prés et forêts, une grande scierie annonce la couleur à l’entrée de Bourganeuf. Ici, le bois est roi : du pin Douglas, surtout, du chêne, un peu de hêtre, de châtaignier… Depuis les années 1970, la commune a accueilli des dizaines d’ouvriers turcs et leurs familles, donnant à ce bourg une identité originale, née de la rencontre du Limousin et de l’Anatolie. « Je suis arrivé ici en 1973, et je ne connaissais pas un mot de français, raconte Kadir Akar, 79 ans, qui n’est jamais reparti. A l’époque, il y avait quatre Turcs dans le bourg. » Aujourd’hui, à l’heure du café, au bar-tabac La Mezzanine, face à l’église Saint-Jean-Baptiste, on entend aussi bien parler le turc que le français. Mehmet Sahin, 52 ans, président de l’Association polyculturelle de Bourganeuf, évalue à 15 % la part des habitants d’origine turque dans la commune. « Nous comptons une centaine de familles parmi nos adhérents, mais certains vivent à Guéret ou Aubusson, précise-t-il. Il y a beaucoup moins de Turcs à Bourganeuf qu’il y a quinze ans. » Comme le père de Mehmet Sahin, les premiers Turcs ont atterri dans cette bourgade dont ils n’avaient jamais entendu parler grâce à un accord de main-d’œuvre signé en 1965 entre la France et la Turquie. A cette époque, les entreprises creusoises ont besoin de bras, et sollicitent l’Office national de l’immigration. « Ce sont les débuts de la structuration de la filière bois en Limousin », retrace Jean-Jacques Lozach, sénateur (Parti socialiste) de la Creuse depuis 2008 et ancien maire de Bourganeuf (1995-2001). « Une connaissance avait transmis à mon frère une promesse d’embauche d’une entreprise de Bourganeuf, se rappelle Kadir Akar. J’ai passé une visite médicale au consulat de France à Ankara, et on m’a donné un billet d’avion pour la France. »