Tandis que la France suffoque sous une succession de canicules et vagues et chaleur inédites, l’été n’a plus le même sens, note l’écrivain, dans une tribune au « Monde ». Entre inc…

En temps normal, une telle grisaille un 26 juillet, un jour frisquet de plein été, ce devrait être une journée foutue, une journée ratée, un crève-cœur pour qui avait prévu d’aller à la plage ou au bord d’une rivière. Mais, aujourd’hui, ce mauvais temps se vit comme un don du ciel, un pur bienfait où tout le monde souffle, enfin les corps respirent. La journée pourrie devient la journée bénie. D’autant qu’on le sait tous, la météo l’a dit, dès demain ça repart, les cartes repasseront au rouge dans presque tous les départements, une fois de plus on dépassera 40 °C, on battra tous les records de la semaine d’avant. Le réchauffement climatique, jusque-là, c’était pour l’ailleurs, l’Asie ou l’Afrique, des contrées où il fait déjà chaud. A la rigueur, ça se concevait aussi pour la banquise où il fait de moins en moins froid ; en tout cas le réchauffement c’était loin et surtout pour plus tard, 2050, 2030 pour les plus pessimistes. Alors qu’en fait, non, il est déjà là, à nos portes, à nos fenêtres surtout, elles qui dès lors restent fermées toute la journée. Les fenêtres, c’est même devenu la hantise, notre cauchemar à tous, double vitrage ou pas, les fenêtres, c’est notre point faible. Alors, en fonction du soleil, on improvise des volets, on tente des stores, on plaque des couvertures de survie pour que le dehors ne rentre pas. Pour ce qui est du dedans, on achète des ventilos, des sous-clims à glaçons, des faiseurs d’air, tout ce qui brasse. Depuis deux mois, on vit calfeutrés au possible, on passe même son temps à ça, à se bricoler une étanchéité. Pour 2026, on s’est tous trouvé un job d’été, tous le même : survivre. Quel que soit l’âge ou notre rang dans le règne animal, l’été ne propose qu’une seule activité : tenir. Parce que tout autour de nous des aînés meurent de chaud dans leurs appartements bouilloires, des forêts partent en fumée, des rivières s’assèchent et des terres se fissurent. En plus de ça, dans ce qu’il reste d’eau les noyés se comptent par centaines, presque 1 000 noyades à ce jour et près de 300 qui y sont restés. On fait déjà les comptes alors que l’été n’en est qu’à son premier mois.