« Tour du monde en séries » (6/6). Vu par 320 millions de spectateurs, le programme illustre la nouvelle stratégie de Pékin : se servir de divertissements de qualité pour vanter la…

Jinghai, petite ville imaginaire du sud de la Chine, ressemble à beaucoup d’autres. Sa vieille usine, sa population qui tente péniblement de prospérer dans le développement économique du pays, et son marché aux produits frais si animé. Mais comme tant d’autres cités aussi, elle est gangrenée par la prévarication, la collusion de ses dirigeants politiques avec les hommes d’affaires véreux, qui pèsent sur le petit peuple. Heureusement, au sommet du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping a fait de la lutte contre ces maux l’un des piliers de sa politique ; il assume que le PCC doit savoir « retourner la lame contre lui-même ». Ici, réalité et fiction sont soigneusement entremêlées. « La première étape est de démanteler le crime organisé. Nous trouverons qui sert de parapluie pour les protéger, ce qui nous permettra alors de nettoyer notre système politique », annonce un chef de l’anticorruption de cette province fictive dès le premier épisode. Un officiel impassible, dénommé Xu Zhong, est envoyé depuis la capitale provinciale faire le ménage à Jinghai. Tel est le point de départ des 39 épisodes de The Knockout, pour son titre international (« le K.-O. », dirait-on en français), en chinois Kuangbiao, soit « l’ouragan », dans tous les cas une référence à la détermination à éradiquer ces dérives. Sortie en janvier 2023, cette série est l’un des plus grands succès qu’aient connu la télévision et les plateformes en ligne chinoises. Elle a été vue en tout par quelque 320 millions de téléspectateurs sur le réseau télévisé national, CCTV, et a également attiré en masse sur la plateforme qui l’a coproduite, iQIYI, un équivalent de Netflix dont les actions ont bondi de 10 % dans les jours qui suivirent la mise en ligne.