Deux jours après que l’enclave a vu affluer 50 000 personnes depuis la frontière marocaine, la cité a retrouvé son calme, dimanche, mais les habitants disent s’être sentis abandonn…

En ce début d’après-midi, dimanche 2 août, Ceuta brille sous un soleil d’enfer. Des familles prennent possession de la plage de la Ribera, en plein centre-ville. La corniche sinueuse, qui s’étire sur des kilomètres jusqu’à la frontière marocaine, est arpentée par des joggeurs de tout âge. Plus au nord, les ferries relient sans relâche l’Europe à cette enclave espagnole arrimée au continent africain. Un calme presque irréel recouvre cette ville peuplée de 83 000 habitants. Seules les sirènes et les soudaines accélérations des voitures de police viennent déchirer, par instants, la quiétude. Depuis des heures, les véhicules de la Guardia Civil tournent à toute vitesse, à la recherche de groupes de Marocains qui refusent de quitter le territoire. Entre le jeudi 30 et le vendredi 31 juillet, quelque 50 000 personnes, selon le ministère de l’intérieur espagnol – 60 000 d’après les autorités locales – se sont subitement ruées vers ce bout d’Europe, souvent à la nage. Depuis, la quasi-totalité d’entre eux est retournée au Maroc. Ce jeudi-là, ils ont massivement franchi la frontière depuis Fnideq – ville marocaine collée à Ceuta –, pensant, sur la foi des réseaux sociaux, qu’elle était ouverte. « C’était comme un tsunami », se rappelle Jill Laguyo, une Britannique de 73 ans, installée à Ceuta depuis une vingtaine d’années. « Nous avons dû nous enfermer chez nous et rester confinés, raconte Rachel Gomes, 47 ans, assistante financière dans une banque. Nous avons vécu ce moment avec beaucoup de peur. »