« Livres fantômes » (3/5). Dès 1962, l’écrivaine et poète, qui se sait trahie, travaille à un roman dont elle parle à ses proches. Ted Hughes aurait-il subtilisé le tapuscrit après…

L’affaire ressemble à ces cold cases dont l’enquête ne s’interrompt jamais vraiment. Les pièces du dossier existent mais elles sont incomplètes. Les témoins se contredisent. Des preuves ont disparu. Bref, dans ce dossier où les hypothèses abondent et les certitudes sont rares, une seule chose demeure : l’absence. Au cours des mois précédant sa mort, l’écrivaine américaine Sylvia Plath (1932-1963) travaillait à un deuxième roman dont le titre provisoire était Double Exposure (« double exposition ») et qui s’est mystérieusement volatilisé. Que racontait-il ? Comment ce manuscrit a-t-il pu disparaître sans laisser de trace : a-t-il été détruit, égaré, soustrait ? Ou bien se cache-t-il dans une vieille boîte d’archives, oublié parmi d’autres papiers ? Le 11 février 1963, lorsque l’écrivaine se suicide, à l’âge de 30 ans, elle n’a publié qu’un seul recueil de poèmes, Le Colosse (Gallimard, « Quarto », 2011), et un roman d’inspiration autobiographique, La Cloche de détresse (Denoël, 1972), paru un peu plus tôt au Royaume-Uni. La critique l’a accueilli favorablement : après des années d’efforts, Plath semble enfin toucher du doigt son ambition de toujours – devenir, selon ses mots, « une grande poète, une grande romancière ».