L’émirat reste particulièrement attractif pour la finance de l’ombre. Mais, depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne en Iran, en février, il n’exerce plus son rôle…

ReportageL’émirat reste particulièrement attractif pour la finance de l’ombre. Mais, depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne en Iran, en février, il n’exerce plus son rôle de refuge pour les grandes fortunes mondialisées. Les embouteillages ont repris à Dubaï, et tout le monde s’en réjouit. Le métro est bondé aux heures de pointe. Impossible de se garer dans le centre financier : des Arabes en gandoura – la tunique traditionnelle – s’affairent aux côtés de sikhs coiffés d’un turban et d’Européens cravatés, dans un cosmopolitisme plus frappant qu’à Singapour ou à New York. Des alertes stridentes sonnent parfois sur les téléphones, comme ce vendredi 26 juin, pour prévenir d’une « menace de missile » et inviter chacun à se mettre à l’abri. « Les banquiers pensaient vivre en Suisse, ils se retrouvent à Tel-Aviv ! », résume un financier qui, comme la plupart des personnes interrogées par Le Monde, doit garder l’anonymat sous peine de sanction de la part du régime. Mais les alertes, personne ou presque n’en tient plus compte : une nouvelle normalité semble s’imposer malgré la guerre d’usure qui s’installe dans le golfe Arabo-Persique et la menace de Téhéran de frapper les ports et aéroports émiratis si Washington attaquait des infrastructures civiles en Iran. Une menace relayée le 19 juillet par l’agence iranienne Fars, proche des gardiens de la révolution, que les médias dubaïotes ont préféré passer sous silence. Pour le gouvernement des Emirats arabes unis – fédération qui regroupe sept émirats, dont Dubaï – comme pour la presse nationale et les entreprises, la « méthode Coué » joue à plein. Les autorités dubaïotes ont noué un contrat tacite avec les expatriés, qui représentent plus de 90 % des quelque 4 millions d’habitants de la cité-Etat : « Vous pouvez gagner beaucoup d’argent à Dubaï, mais vous n’avez pas le droit d’exprimer vos états d’âme. Ici, ce n’est pas une fac de philo », explique Hussein Nasser Eddin, qui dirige Crownox, une entreprise de sécurité très active dans la région.